Interview de Pierre Duprat – Directeur de la communication chez Vinci

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Pierre Duprat, je suis directeur de la communication de Vinci. J’ai un parcours extrêmement classique dans les métiers de la communication puisque j’ai travaillé en agence pendant une dizaine d’années avant d’être débauché par l’un de mes clients. Je suis devenu directeur adjoint d’une entreprise qui ne s’appelait pas encore Vinci, qui en était l’une des composantes historiques. Je suis devenu en novembre 2007 le directeur de la communication groupe avec dans mon périmètre l’ensemble des fonctions de la communication : l’interne, l’externe, la communication sociale, la communication financière, l’ensemble des composantes qui structurent la communication pour un groupe coté.

Pour vous aujourd’hui, qu’est-ce qu’un graphiste ?

La même chose qu’hier ! C’est quelqu’un qui participe à ce travail de la communication qui est de rendre le vrai visible. La communication, c’est tout sauf un métier de mensonge, un métier où on fait des arrangements avec la vérité, un métier de cosmétique. Au fond, le travail de la communication c’est d’être suffisamment capable d’empathie pour comprendre comment fonctionnent ces parties prenantes qu’on appelait hier dans la publicité des cibles de communication.  Le graphiste, c’est celui qui aide la vérité à sortir du puits et qui rend les choses lisibles, visibles, compréhensibles par les parties prenantes auxquelles les entreprises veulent s’adresser. C’est comme ça que je les voyais hier, c’est comme ça que je les vois aujourd’hui. Dans l’un de mes premiers emplois, mon patron était fier de nous dire qu’il avait en tout et pour tout un CAP de typographe et qu’il misait tout sur la typographie comme élément structurant de tout travail de graphiste. C’est vrai que quand j’ai commencé à travailler c’était la base et encore aujourd’hui je pense que c’est quelque chose de très important.

Quelle est la place du visuel chez Vinci ?

On a de la chance chez Vinci parce qu’on fait un métier qui est extrêmement concret et facile à représenter. On fait un métier extrêmement photogénique et il est très facile de le représenter. Donc le visuel a une part très importante pour nous. Nous avons une tradition très peu écrite chez Vinci qui est dans la proximité et passe par la représentation visuelle. Ca déçoit parfois un peu les graphistes parce que nous sommes assez fiers de ce que nous faisons, nous trouvons cela assez photogénique et nous trouvons que ça n’a pas besoin d’être beaucoup modifié. Nous exigeons souvent des graphistes de laisser parler les images d’elles-mêmes.

Quelles sont les qualités et les compétences que vous recherchez chez les personnes avec qui vous travaillez ?

L’honnêteté. Je ne crois pas à l’idée que nous – et ça inclue nos partenaires – soyons là pour travestir la réalité qu’une quelconque façon. Peut-être que là aussi ça va décevoir un certain nombre de créatifs qui  voudraient que je prononce le mot de créativité, de capacité à conceptualiser, mais je crois qu’il y a beaucoup de graphistes qui sont très créatifs. Finalement, ce n’est pas sur la créativité pure que la différence se fait, mais sur la capacité à utiliser cette créativité pour être le plus simple, le plus franc est le plus vrai possible.

Quels sont les conseils que vous donneriez à des étudiants qui souhaitent s’orienter vers la communication visuelle ?

C’est très difficile. Il y a beaucoup de monde. Je crois que je leur conseillerais deux choses. D’abord de se dire qu’il va falloir beaucoup travailler. Pour faire la différence et pour arriver à être capable d’exprimer son talent tout en étant au service de quelque chose en recherchant la vérité comme je le disais tout à l’heure, ce n’est pas un don, c’est du travail. La seconde, c’est d’être fidèle à eux-mêmes à ce en quoi ils croient et de ne pas trop écouter les conseils de gens comme moi.

Qu’est-ce qui peut vous accrocher aujourd’hui sur le profil d’un jeune diplômé ?

Le facteur déclenchant, c’est la motivation. Et la motivation, ce n’est pas un concept vide des années 80. C’est au fond le mot, sur un registre sémantique professionnel, qu’on utiliserait pour « enthousiasme ». Dans les années 80 ELF a inventé une des plus belles signatures de l’histoire de la pub : « la passion a toujours raison ». Passion et raison c’est une sorte d’oxymore, mais lorsqu’il s’agit du registre professionnel, la passion est juste une façon d’exprimer l’enthousiasme. Et si je sens ça chez quelqu’un, c’est plus important que la raison, savoir si la personne correspond au poste. Je recrute la dose de passion. Il faut qu’il y ait une sorte de coup de foudre, sinon ça ne marche pas.

Comment voyez-vous l’évolution des métiers de la communication ?

On peut parler de l’émergence des médias sociaux, du monde 2.0. Ca c’est une vision software. Dans uns vision hardware, on peut parler des smartphones, des tablettes, etc. On a au fond de plus en plus d’acteurs de la communication. Il faut admettre que la fonction de communication est en train de se désexpertiser. Il va y avoir trois types de communicants demain : des non-experts, ceux qui sont à peu près les communicants d’aujourd’hui et qui vont encadrer ces gens-là, et enfin des communicants qui vont se surexpertiser, qui vont donner les grandes lignes à suivre.

Avez-vous un livre à conseiller aux étudiants ?

Je leur conseillerais volontiers un livre qui risque de les rebuter, le dernier livre d’un économiste qui s’appelle Daniel Cohen. Ce livre, Homo economicus, est très intéressant car il nous interroge sur le fait que finalement, dans les pays qui ont une croissance économique forte, le bien-être régresse. Au fond, il se demande si la finalité est d’être de plus en plus riche ou de plus en plus heureux et si ça va ensemble. Je trouve que ça donne une ouverture extrêmement intéressante sur ce qui se joue dans le monde aujourd’hui.